Un chapitre de l’histoire des Rolling Stones s’est écrit à Villars-sur-Ollon. Au début des années 1970, Keith Richards y trouve un refuge avec sa compagne, l’actrice et mannequin Anita Pallenberg, et leur famille. Une présence dont le souvenir s’est transmis dans la station, entre anecdotes de voisinage et légendes du rock.
L’histoire commence en 1971. Confrontés à une situation fiscale difficile et à des litiges avec leur ancien manager Allen Klein, les Rolling Stones quittent la Grande-Bretagne pour s’installer en France. Keith Richards loue la villa Nellcôte, à Villefranche-sur-Mer. Faute de studio adapté à proximité, le groupe transforme les sous-sols en lieu d’enregistrement, avec l’aide de son camion-studio. Une partie du double album Exile on Main St., paru en 1972, y prend forme. Source.
C’est en 1972 que Villars entre dans son histoire. Dans son autobiographie Life, Richards explique que Claude Nobs lui a trouvé ce refuge dans les Alpes vaudoises. Le fondateur du Montreux Jazz Festival, dont la première édition remonte à 1967, connaît bien les artistes et les ressources de la région. Richards se souviendra aussi d’un plaisir inattendu : le ski, qu’il pratique jusqu’aux abords de son chalet. Mémoires de Richards, histoire du festival.

À Villars, les souvenirs d’Huguette Seeholzer, collaboratrice de Gérance Service de 1969 à 2012, donnent à ce séjour une dimension très concrète. Richards a d’abord loué un chalet sur la Route de Solalex du côté de Barboleuse, mais la vie bohème de ses occupants a rapidement laissé des traces dans le logement, nous conduisant à organiser de nouvelles visites.
Le choix s’est finalement porté sur le chalet Pic Vert, en haut du Domaine de la Résidence. Toujours selon Huguette Seeholzer, une condition accompagnait cette nouvelle location : laisser le personnel venir nettoyer les lieux chaque jour. Keith Richards s’y installe avec Anita et leur famille, dont leur jeune fils Marlon, né en 1969.

À cette période suisse se rattache également la naissance d’« Angie ». Dans Life, Richards raconte en avoir trouvé les premières idées au printemps 1972, pendant une cure à Vevey, alors qu’Anita donne naissance à leur fille. Il décrit un après-midi passé à jouer de la guitare sur son lit, lorsque les effets du sevrage commencent à s’atténuer. Ce souvenir situe donc l’origine de la chanson sur les bords du Léman, sans permettre de l’attribuer au chalet de Villars. Source.
La chanson, signée Jagger–Richards, est ensuite enregistrée en Jamaïque et complétée à Londres. Elle paraît en 1973 sur Goats Head Soup et devient l’un des grands succès du groupe. En Suisse, « Angie » occupe la première place du classement des singles pendant quatre semaines. Histoire de l’enregistrement, classement suisse.
Une autre histoire, beaucoup moins fiable, accompagne les séjours suisses du guitariste : celle d’un remplacement intégral de son sang pour le débarrasser de son addiction. Richards expliquera lui-même avoir lancé cette plaisanterie, lassé des questions sur sa désintoxication. La boutade avait fini par devenir une légende. Source.
La date exacte du départ du chalet reste à préciser. Dans le récit local recueilli ici, demeurent les silhouettes de Keith et Anita, leurs grands manteaux de fourrure, leurs tenues hippies et une manière de vivre qui tranchait avec les habitudes de la station. Pendant quelque temps, l’histoire des Rolling Stones avait aussi eu pour décor les rues et les chalets de Villars.

